Persépolis est une splendide création. Marjane Satrapi nous entraîne dans une histoire vécue, la sienne, avec sensibilité et intelligence. Elle nous invite à regarder sous un angle différent des événements que la plupart d'entre nous ne connaissent que par le prisme simplificateur des journaux télévisés. L'Histoire avec un grand "H" rapportée à l'expérience d'une personne humaine qui livre ici avec beaucoup de fraîcheur et d'honnêteté son vécu.
L'oeuvre permet de prendre la mesure de dispositions imbéciles décrétées par des révolutionnaires dont Freud se serait régalé tant leurs frustrations sexuelles semblent omniprésentes ("les femmes doivent se voiler parce que leurs cheveux émettent des rayons qui excitent les hommes"), ou de sentir la pulsion de vie qui permet aux gens en Iran de dépasser les difficultés du quotidien et de contourner le dogmatisme d'Etat.
J'ai trouvé bouleversante la narration de l'auteur qui n'hésite pas à dévoiler ses propres errements, ses angoisses, ses déprimes, ses actes les moins glorieux. Ce morceau de vie nous invite aussi à réfléchir sur les différences culturelles et sur nos comportements d'occidentaux un peu pourris gâtés: j'ai beaucoup ri en voyant les scènes où Marjane Satrapi assiste aux achats paniqués de sucre dans les pays de l'Ouest lors de la première guerre contre l'Irak en 1991: pour quelqu'un qui avait vécu plusieurs années sous les bombes nos peurs d'alors semblaient bien ridicules. Peut-être aussi une invitation à réexaminer nos peurs d'aujourd'hui qui poussent des peuples entiers à se jeter corps et âme dans les bras de politiciens véreux et populistes comme Blair et Bush dans une quête irrationnelle pour une sécurité qui restera illusoire aussi longtemps que le développement humain ne sera pas une priorité planétaire.
A titre personnel je suis aussi très frappé par la similarité de certains comportements sociaux, de traditions, de coutumes et d'éléments de culture avec ce que je connais de mon propre pays, la Grèce. Par exemple, il y a la tradition de manger quelque chose de sucré pour bien commencer une tranche de vie (lors d'un mariage ou lors du lancement d'une affaire) ou encore la manière dont s'organisent des événements sociaux lors de grandes fêtes (nouvel an par exemple). Depuis la nuit des temps, les peuples de la Méditerrannée et ceux de la Mésopotamie partagent, échangent, se battent, font la paix, commercent et négocient. Les mélanges ont été tels qu'il y a aujourd'hui plus de choses que nous partageons que de choses qui nous séparent. Reste à résoudre le grand mystère: pourquoi la violence? Là aussi ces BD donnent matière à réflexion.
pourquoi la violance?
Lorsque la gratification n'est pas obtenue, lorsque la fuite ni la lutte ne peuvent s'opposer à l'agression un comportement d'inhibition motrice survient: la poursuite de la lutte risquant d'aboutir à la mort, la défaite est encore péréferable. Mais elle entraine la mise en jeu d'un cercle vicieux avec, sur le plan végétatif, une augmentation importante de la noradrénaline circulante et sur, le plan endocrinien , la libération de glucocorticoide qui eux même stimulent le système inhibiteur de l'action. Or en situation d'inhibition de l'action, situation qui ne peux se résoudre que par l'action gratifiante, on assiste à des explosions d'agressivité ou à des dépressions. L'explosion de l'agressivité est une réponse motrice inopinée à l'angoisse; elle ne répond pas aux facteurs qui ont provoqué cette angoisse mais permet d'abandoner l'inhibition de l'action pour une activité motrice, même ineficace.
L'inhibition de l'action est un comportment aquis puisqu'elle réclame l'apprentissage de l'inefficacité de l'action.
tout ce que je viens de dire qu'on peut observer chez l'individu peut egalement être constaté au niveau de l'organisation des groupes sociaux. La guerre est elle autre chose que l'affrontment de deux structures fermés en vue d'etablir leur dominance necessaire à leur approvisionnement énérgetique et materiel et en consecquence au maintien de leur structure? Mais comme la structure de tous les groupes sociaux a toujours été une structure hiérarchique de dominance, on peut en déduire que la guerre quelles qu'en soient les causes politiques , économiques et énérgetiques apparentes, a toujours eu pour but de maintenir cette structure de dominance spécifique de chaque groupe en lutte. Le langage par le biais de propagande fait croire à chaque élément du groupe en guerre qu'il defend son propre territoire avec les objets et les êtres qui s'y trouvent alors que bien souvent ce n'est que la structure hiérarchique de dominance qui est protégée et défendue.
Et aussi longtemps que les sciences dites humaines ne tiendront pas compte de la propriété fondamentale du cerveau humain de créer de l'information et d'utiliser celle ci comme moyen d'etablissement de la dominance entre individu aussi bien qu'entre groupes ou entre nations, il est peu probable qu'une évolution puisse survenir.
Une société qui se veut d'abondance et qui prétend d'avoir oublié la pénurie devrait être capable d'une répartitions planétaire équitable des biens et des êtres. Elle devrait être à même de ne plus camoufler sous un discours humainiste le droit du plus fort.Comment éviter la violance? Peut être en arrêtant de recompenser systematiquement les compotements les plus agressifs et les plus inconscients.Ce serait le seul moyen d'éviter au cours des millénaires la reproduction de la violance, de l'exploitation de l'homme par l'homme, des guerres et des génocides, que les milliers de discours humainistes n'ont jamais réussi à éliminer. Jusqu'ici, l'humainisms a le plus souvent été celui de groupes prédateurs, dominants et sûr de leur bon droit, et non un humainism valable pour l'espèce humaine tout entière. Tout acte réalisé en faveur d'un groupe ne peut être qualifié d'"humain".
Posted by: Avideh | January 06, 2007 at 05:30 AM
Intéressante analyse des mécanismes physiologiques de déclenchement des réactions violentes. Je n'avais jamais réfléchi à la possibilité que des principes analogues soient en jeu au niveau de groupes sociaux.
Pour ce qui est de la question des modèle sociaux de dominance, je ne sais pas si je poserais la question en ces termes même si je suis convaincu de l'existence majeure de mécanismes d'exploitation de l'homme par l'homme. As-tu lu "Guns, germs and steel", qui donne une vision de l'histoire humaine sur 13000 ans et dont certains points sont intéressants, qui concernent les modèles d'organisation sociale qui ont fini par dominer.
Là où je te rejoins c'est sur le fait que lorsque la réflexion "humaniste" opère à l'échelle de groupes humains plutôt qu'à celle de chaque individu unique et merveilleux qui est sur la planète, elle trahit l'essence de son propos. Et bien évidemment je condamne le fait d'appliquer nos beaux principes humanistes selon une géométrie variable au gré de la densité en matière précieuses dans un sous-sol ou à celui de considérations géostratiques diverses... Mais ça tu savais déjà je pense ;-)
Posted by: alex Papanastassiou | January 06, 2007 at 10:01 PM